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Tuez-les tous ! Rwanda : histoire d'un génocide sans importance (24/06/2005)

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Le DVD Tuez-les tous! Rwanda : Histoire d’un génocide « sans importance » enfin disponible.
ce documentaire de Raphaël Glücksmann, David Hazan et Pierre Mezerette, produit par Dum Dum Films, La classe américaine, et Exclaim narre les conditions dans lesquelles s'est perpétré ce dernier génocide su XXe siècle.

Le 6 avril 1994, le Rwanda plonge dans l’horreur. …..Militaires, miliciens, politiques et fonctionnaires, ainsi que tous les rouages de l’Etat rwandais, s’activent pour mettre en œuvre la destruction systématique d’un groupe humain. Par centaines de milliers, des paysans et des intellectuels hutus participent au projet de leur gouvernement, ne laissant quasiment aucune chance de survie à leurs victimes. D’avril à juillet 1994, près d’un million de Tutsis sont exterminés.

Ce film, suivi de 60 minutes d’entretiens supplémentaires, raconte le dernier génocide du XXe siècle

A l'occasion de la projection de ce documentaire à Bruxelles, le 19 mai 2005, une plaquette avait été rédigée et nous pouvions lire, sous la plus de Me Mathias Niyonzima, cet historique :

Chronologie du génocide des Tutsi

Lors du partage de l’Afrique à Berlin (1884-85), le Burundi et le Rwanda, dont les provinces occidentales (l’actuel Kivu) furent attribuées à Léopold II de Belgique, furent incorporés dans l’Empire colonial allemand de l’Afrique de l’Est (Deutsch Ostafrika). Possédant de vastes territoires dans différentes parties du continent, le Reich considérait le Rwanda et le Burundi comme des pièces insignifiantes.

Cela ne fut pas le cas de la Belgique qui, en 1918, hérita de ces 2 anciens royaumes ayant chacun une taille comparable à la sienne. Les Belges furent littéralement fascinés par la civilisation de leurs nouvelles acquisitions.

Ils se mirent à étudier, à expliquer et à restructurer à leur manière la société hiérarchisée qu’ils y ont trouvée. Ils émirent notamment comme axiome (dénué de tout fondement) que parmi les trois groupes présents (Tutsi, Hutu et Twa), les Tutsi étaient « des étrangers », un thème repris plus tard par la hiérarchie catholique et les extrémistes hutu pour justifier les persécutions à l’égard des tutsi.

Mgr Léon Classe au Rwanda et Mgr GORJU au Burundi, s’engagèrent dès les années 20 à changer les rapports de force entre différents groupes sociaux, parallèlement à leurs actions d’évangélisation. L’enthousiasme hutu à l’égard du christianisme les enchanta.

En 1931, le roi Musinga du Rwanda fut démis de ses fonctions, sur requête de Mgr. Classe, après son refus du baptême. Son fils Rudahigwa (Mutara III), monta au trône et s’orienta vers la conversion, obligé de se démarquer, de manière ostentatoire, de son père.

Le pays entier suivit, surtout après le retentissant baptême de Rudahigwa en 1943, la consécration de son royaume au « Christ-Roi » le 27 octobre 1946 et sa décoration à Kabgayi par le Pape Pie XII le 20 avril 1947, par le biais de « S.E. Révérendissime Monseigneur Dellepiane, Délégué Apostolique au Congo Belge et au Ruanda-Urundi ». Ce jour là, le pape nomma Rudahigwa « chevalier Commandeur avec Plaque dans l’Ordre de Saint Grégoire le Grand, et les insignes de ce grade ».

Entre-temps au Burundi, la résistance aux conversions forcées des années trente se maintint à la Cour. Pressé de suivre l’exemple de son homologue rwandais, Mwambutsa prit une seconde épouse (la très belle Baramparaye), se rendant ainsi temporairement inéligible pour le baptême (il fallait entre autres conditions s’engager à être monogame).

Pressé une seconde fois, Mwambutsa feint la conversion à une autre religion (Islam ? Judaïsme ?) en se faisant circoncire et en rendant public ce fait. Pour calmer le jeu, il laissa l’église baptiser ses enfants. Mwambutsa ne fut jamais baptisé jusqu’à son départ le 28 novembre 1966 à la suite d’un coup d’état militaire.

Parmi les reproches faits aux Tutsi pendant ce processus d’évangélisation, il y avait cette résistance au baptême. Il y avait aussi les coutumes ressemblant à des pratiques juives (par ex. la fête de l’Umuganuro/ Sukhot ??), dans une période caractérisée par un antisémitisme virulent en Europe. Parfois les évêques trouvaient les tutsi ressemblants physiquement aux juifs, ce qu’ils considéraient comme une tare. Nous le lisons notamment dans le compte rendu de la tournée de Mgr GORJU au Burundi en 1926 (En zigzag à travers l’Urundi), lorsqu’il écrit, décrivant le prince NDUWUMWE (fils de MWEZI IV), admiré par l’église pour sa rapide conversion et du fait que c’est un « hamite, non le hamite osseux, à nez trop juif, dont je n’ai vu que trop d’échantillons, il y a quelques jours, à la cour du Ruanda… ».

Entre 1955 et 1959, les revendications de l’indépendance atteignent l’élite tutsi, jusqu’aux deux cours royales. Au Rwanda, c’est le roi Rudahigwa lui-même qui mène (discrètement) les revendications alors qu’au Burundi, elles sont prises en mains par le Prince Louis Rwagasore, fils aîné du Roi Mwambutsa. Sentant le risque de voir le pouvoir leur échapper, l’église et la tutelle recherchent l’alliance des hutu dès 1958 (promotion de leaders hutu comme Kayibanda et Mirerekano, fanatisation des masses hutu par la référence aux « dominateurs étrangers tutsi », etc.).

Dans cette ambiance anti-tutsi et en dépit des nombreuses réformes sociales initiées par les deux monarques, l’église prône la révolution hutu (non pas contre le véritable détenteur du pouvoir, à savoir la Tutelle mais contre les tutsi uniquement).

Des officiers belge de la mouvance chrétienne mettent la révolution en œuvre. La soi disante révolution, orchestrée par la Tutelle, fut un succès au Rwanda en 1959, année à laquelle des centaines de milliers de tutsi furent tués, exilés ou torturés uniquement à cause de leur identité. C’est le début du génocide des tutsi.

La révolution hutu échoua au Burundi où la tutelle et l’église se heurtèrent à l’immense prestige et au charisme du roi Mwambutsa et de son fils Rwagasore.

La première tentative du génocide des tutsi au Burundi eut lieu en 1965, lorsque les habitants tutsi de la commune de Bugendana furent massacrés systématiquement, uniquement à cause de leur identité. Il y eut ensuite le génocide des tutsi en avril 1972 dans plusieurs communes du Burundi, en 1988 à Ntega et Marangara et en 1993 dans pratiquement toutes les communes du pays (voir rapport ONU, la Commission d’Enquête Internationale réf S/1996/682). Chaque fois, au Burundi, l’armée a réagi vigoureusement, parfois excessivement, mais jamais sans provocation hutue. Il n’y a jamais eu l’idée d’exterminer tous les hutu du Rwanda ou du Burundi uniquement à cause de leur identité.

Aujourd’hui, la théorie du « Double génocide », élaborée soigneusement dans certains laboratoires belges et français, veut faire accréditer l’idée d’un prétendu génocide des hutu au Burundi en 1972 et au Congo entre 1996 et 2001, et ce dans le but d’un soi-disant équilibrage entre les responsabilités réciproques des deux camps. C’est un aspect du négationnisme, semblable (je ne dis pas identique) à celui qui compare les interventions de l’armée d’Israël contre le terrorisme à l’holocauste.

Au Rwanda, où tout le pouvoir était exclusivement hutu, les tutsi furent massacrés avec la bénédiction de certains milieux chrétiens et de certaines puissances occidentales en 1964, 1973, 1993 et surtout 1994.

Mathias Niyonzima 16.3.2005

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